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Copenhague : « Une régression par rapport à Kyoto »

19 décembre 2009

L’impression d’un accord adopté à la sauvette. C’est le sentiment qui se dégageait, vendredi 18 décembre, à la fin de la conférence sur le climat à Copenhague. Cet accord, rendu public vers 22 heures, a été jugé comme un « fiasco » et un « naufragerévoltant  » par les ONG. Même Barack Obama l’a jugé « insuffisant ». Quant à l’UE,  elle l’a trouvé « en dessous de nos ambitions ». Immédiatement après sa publication, les principaux chefs d’Etat ont quitté la capitale danoise. « Ils ont transformé cette conférence en show, a jugé Yannick Jadot, député européen (Europe Ecologie). Ils n’ont même pas assumé publiquement, en plénière, leur échec. »

L’accord, qui tient en cinq pages, a évolué à de nombreuses reprises au cours de la journée. « Mais c’est le pire de la journée qui a été retenu, a estimé Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France. On va droit dans le mur.  »

L’accord, non contraignant, prévoit de limiter le réchauffement planétaire en-dessous de 2 °C. Un point positif pour Bernard Bigras, député du Parlement canadien pour le bloc québécois. « C’est très important que cette limitation soit inscrite dans le texte. Il faut se rappeler qu’à Potsdam et Bali, ce n’était qu’un élément de bas de page.  »

Concernant les réductions de gaz à effet de serre, l’accord ne fixe pas d’objectifs à l’horizon 2050. Ce qu’a regretté le président Sarkozy lors de sa conférence de presse. Quant aux objectifs à 2020, l’accord précise qu’ils ne seront donnés qu’en janvier.  » C’est un open-bar, s’énerve Pascal Husting, de Greenpeace. Chaque pays industrialisé met ses objectifs sur la table. » En revanche, Abyd Karmali, qui travaille sur le marché carbone de la Bank of America à Londres, relève des aspects positifs : « Ce texte est intéressant car il inclut des engagements de réduction de gaz à effet de serre volontaires pour onze pays en voie de développement dont le Brésil, l’Inde et la Chine.  »

Cent milliards de dollars (69,7 milliards d’euros) par an ont enfin été promis aux pays en développement à compter de 2020. Une somme que Narayan Bhakta Shrrestha, de la délégation népalaise, juge décevante. « Nous attendions plus. Cette somme n’est pas à la hauteur à des enjeux du réchauffement climatique que des pays, comme le Népal, doivent affronter. Nous espérions également un mécanisme économique plus clair pour permettre aux pays en voie de développement d’avoir accès aux technologies pour lutter contre le changement climatique. »

Peu sont confiants sur le fait de parvenir en 2010 à transformer cet accord en traité légalement contraignant. Même Obama a admis que ce serait « très difficile » à conclure et prendrait du temps. « Nous nous attendions à plus : à un accord contraignant avec des engagements chiffrés pour les pays développés. Nous sommes déçus », ajoute Narayan Bhakta Shrrestha. « On ne voit pas comment cet accord, qui ne va pas plus loin qu’une brochure de pub, sera traduit en un traité, juge de son côté Pascal Husting. C’est une régression par rapport à Kyoto.  »

« Nous n’avions pas d’autres choix que d’accepter cet accord. Même si ce n’est pas de gaîté de coeur, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une occasion « , expliquait juste après l’annonce de l’accord, Narayan Bhakta Shrrestha, de la délégation népalaise. Une opinion que ne partage pas le délégué soudanais Lumumba Stanislas Dia-Ping, représentant des pays du G77. « C’est l’accord avec l’ambition la plus basse que l’on pouvait imaginer, a-t-il déclaré en salle de presse. Pour l’instant, l’accord est une simple idée. Si un seul pays refuse ce texte, il n’y aura pas d’accord. La partie n’est pas finie… Nous pensons qu’il est encore possible de corriger tout ça par la négociation dans les 6 ou 12 mois à venir.  » Les paris sont lancés.

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